Magnitude 8
(2014)

photography - installation

 

Dans la province du Zhejiang, j’ai passé du temps dans une ville paisible où, autour d’un étang, mille-et-une maisons sont en démolition.
On entre dans cette ville fantôme par une seule rue qui semble à sens unique comme l’entrée d’un labyrinthe. L’air est stagnant, l’orientation est difficile, la poussière efface les étoiles. D’un jour à l’autre le nom des rues change, les quartiers se déplacent. On détruit des villes pour faire des villes. Là où repose un immeuble, le lendemain rien qu’une terre meule, où déjà coule le béton de nouvelles fondations. Des immeubles sans porte ni fenêtre où seuls les courants d’air donnent l’illusion d’une respiration. Des immeubles aux entrailles encore meublées. On entend presque le gargouillis des casseroles laissées sur place. Certains édifices n’ont que quatre ans, d’autres datent de plus d’un siècle. Mais tous sont de la même famille, celle de l’oubli et du pilon.
Parfois, au pied des ruines, quelque chose remue encore, ce sont les vieux... Seuls les vieux ne veulent jamais s’en aller. J’ai pris leurs membres, leurs rides, et j’en ai couvert les façades des maisons qu’ils habitaient encore hier. Des affiches en lambeaux, des pieds sans terre, des mains sans rien saisir. Cela fait désordre. J’ai voulu redonner une peau à ces murs à vif, une respiration entre les débris. Un pied flotte, une main émerge. Au milieu des membres et des décombres, l’espace s’ouvre à un cri sans bruit.

PRIX

Arpia photography price (Paris, 2016)

Partenariats

China Academy of the Arts (Hangzhou, 2015)

MPAA Broussais (Paris, 2018)