Sur les pistes du far-west argentin

photography

 

« J’ai parlĂ© avec des gens bien sĂ»r,

mais je n’avais pas envie de les photographier. Â»

(Raymond Depardon, Errance) 

 

 

   Avant d'apprendre Ă  danser, j'ai marchĂ©, longtemps, dans le dĂ©sert, lors d'un voyage effectuĂ© en 2009 sur les pentes de la Cordillère des Andes, de Jujuy Ă  Abra Pampa, en passant par San Antonio de los Cobres. Les photographies ponctuent cette errance solitaire de deux mois d’hiver au nord de l’Argentine.

 

   A la hauteur de quatre mille mètres, Ă©crasĂ© par un soleil fixe, rasĂ© par un vent glacĂ©, le paysage andin se vide. A certaines heures pourtant, tandis que le vent semble tomber et le disque lĂ©viter, la lumière s’allège, s’incline, et rĂ©vèle alors des raies sur le sol.

   Le dĂ©sert soudain se dĂ©couvre pourfendu par des droites d’acier que l’aube argente et de serpents d’asphalte qui se dorent au couchant. Autant de mues qui peuplent ce territoire, de cicatrices qui tĂ©moignent d’une ruĂ©e d’antan oĂą les hommes, avides de cuivre et d’or, plongeaient dans des mines aussi abondantes que des fontaines.

 

   J’ai parcouru ces voies laissĂ©es Ă  l’abandon, animĂ© par une toute autre soif, celle de la libertĂ©. La libertĂ© de parcourir, en draisine les chemins de fer, Ă  remorque les routes, de marcher sans but, n’ayant au milieu des plateaux arides d’autre repère qu’une ligne tracĂ©e Ă  perte de vue, un destin dĂ©roulĂ© Ă  l’infini. Le temps ainsi n’avait plus de valeur, puisque l’avenir Ă©tait dĂ©voilĂ© et dĂ©fini.

   Quelques perturbations ont tout de mĂŞme arrĂŞtĂ© mon attention, une courbe, un pont, une rupture, ou encore un choix, un retour, des Ă©vĂ©nements dĂ©risoires mais qui, au milieu de nulle part semblent des tragĂ©dies.

 

   Lorsque mon dernier rouleau s’est achevĂ©, je suis rentrĂ©.